L'histoire de Marc Aliou

C’est au Bénin que j’ai rencontré Marc Aliou, ce béninois exerce son métier de cuisinier à la SIM (société internationale missionnaire) le Guest House où je logeais. Songeur devant ma tasse de thé, une conversation de courtoisie s’engagea avec lui au moment ou il vint me servir mon petit déjeuner. Il m’expliqua alors certaines de ses expériences avec Dieu. Très vite, je compris l’intérêt de son histoire. Un « récit de vie » fascinant, éclatant de gloire divine comme seule l’Afrique peut en contenir. Les questions commencèrent à fuser devant une tasse de thé qui décidément ne serait pas bue.

 

Marc n’est pas ton nom d’origine n’est-ce pas ?

C’est effectivement mon nom de baptême. Mon nom d’origine est Aliou (Nom) Djobo (prénom). Mon prénom détermine mon rang familiale et signifie « né en 4ieme position » dans la langue des Peuls l’ethnie dans laquelle je suis né quelque part en 1960 . C’est une peuplade musulmane très étendue et fortement opposée à l’évangile. Mais notre village du nom de Gessou, situé au nord du bénin, devait connaître un tournant décisif avec l’arrivée de Jacques.

Qui était Jacques et qu’a-t-il fait de si extraordinaire ?

Jacques était un évangéliste originaire de Vanoui (Van-oui) de la tribu des Youm, évangélisée quelques années auparavant, et apparentées aux Peuls. J’étais alors très petit lorsqu’il est venu au village, ce dont je me rappelle c‘est qu’il faisait de grandes distances à vélo pour venir nous apprendre l’alphabet. C’était bien sur sa méthode pour apporter l’évangile parmi nous, et le Seigneur a béni son travail en suscitant beaucoup de conversions, dont celle de mes parents.

C’est extraordinaire ! tu t’es donc très vite converti toi aussi ?

Hélas non, disons que j’ai adhéré très sincèrement. J’étais même en recherche active mais je n’étais pas né de nouveau, je n’avais consciemment pas pris la décision. Avant cela le Seigneur a dû m’apprendre à m’attacher à Lui et à dépendre de Lui en mettant ma détermination à rude épreuve. D’ailleurs toute ma vie sera marquée par des luttes et des résistances face aux appels de Dieu. A douze ans en 1972, sachant donc lire et écrire, il était clair pour mes parents que je devais étudier à la ville loin du village. Mon père m’a donc confié à un tuteur musulman dans la ville de Foyo, il s’appelait El-Adji et était un ami de longue date d’avant la conversion de mes parents à Christ. Cette pratique était courante à l’époque, d’ailleurs mon frère et mon cousin était sous tutorat chez des musulmans qui avaient plus de moyens, les chrétiens n’étaient qu’une très petite minorité. Les quatre premières années tout s’est très bien passé, il me traitait avec respect et j’étais libre d’aller à l’église où mon frère et mon cousin allaient. A quinze ans, je n’avais toujours pas pris de décision avec Jésus.

Ai ! J’imagine qu’à partir de ce moment les épreuves ont du commencer pour toi ?

Oui, après ces quatre années, cet homme a commencé à se radicaliser dans l’islam. En plus d’être une véritable masse de muscles hors du commun, il était aussi devenu un musulman fétichiste très fort, respecté et craint de tous. Il pratiquait un occultisme très dangereux, des phénomènes très étranges et difficiles à croire quand on les raconte ont commencé à se produire. Par exemple j’ai vue une fois comment des militaires ont tiré sur lui a quelques pas de distance sans aucun effet, et lui en réponse a tué un des soldats. Mais ni les soldats ni la police n’ont tenté quelque chose contre lui car ils le craignaient lui et surtout sa magie. Une autre fois, j’ai vue comment quelqu’un lui a mis un coup de machette sur son bras nu, mais la machette n’a eu aucun effet : elle avait rebondi sur son bras comme sur une balle de caoutchouc. Vous comprendrez qu’un garçon de quinze-seize ans comme moi soit terrorisé.

Pourquoi tes parents t’ont ‘ils laissé chez lui ?

Bon, mes parents habitaient loin, il n’avait pas la communication comme aujourd’hui, et puis il n’y avait aucune autre possibilité pour me permettre d’étudier. Une occasion en comme celle-ci, aucun africain issu de la brousse ne peut y renoncer aussi facilement! D’autant plus que je pouvais aller à l’église. J’avais donc toujours espoir que la situation redevienne normale.

Quels étaient tes rapports avec cet homme et que t’a-t’il fait concrètement ?

Il était obsédé par le fait de vouloir me convertir à l’islam, et ce d’une manière particulièrement cruelle. D’abord il m’a harcelé tous les jours en me faisant peur avec des menaces, des rites magiques d’une extrême violence, des incantations effrayantes devant moi et contre moi. Une pression psychologique continuelle, énorme et sans mot, pour un jeune adolescent. Continuant à chercher Dieu d’une mauvaise manière, j’ai toutefois tenu et j’ai été protégé je ne sais pas comment. Quand il a vu cela, il a commencé à m’affamer tout en maintenant ses pressions. Il me donnait ce qu’on appelle chez nous, « la portion congrue », un minuscule morceau de pâte de manioc, a peine suffisant pour survivre. Je n’avais bien sûr pas le droit de boire dans la même jarre que les musulmans. Il pensait qu’en affaiblissant mon corps ainsi, il casserait ma volonté. Jamais rassasié de méchancetés, il m’a aussi obligé à aller travailler aux champs le Dimanche tôt le matin. Ma faiblesse corporelle ne me permettait pas de faire les tâches fixées avant le culte, et c’est ainsi qu’il réussi à couper mes relations avec l’église… et toujours ces brimades et cette pression constante me disant que si j‘acceptais l’islam mes souffrances prendraient fin.

Et comment tout cela a t’il prit fin ?

Cela n’était pas la fin, car les persécutions n’en finissaient pas, mais je tenais toujours bon. Voyant cela, il a donc utilisé le compromis et la ruse. Il s’est donc présenté à moi et m’a dit qu’il avait utilisé tous les moyens pour me convaincre, mais en vain, alors il m’a fait une proposition, en me disant qu’il était d’accord que je garde ma religion et me laisserait tranquille, si j’acceptais d’aller prier avec lui à la mosquée. Son argument était qu’en faisant ainsi, en ayant les deux religions, je serai de toute façon gagnant : le jour ou je serai devant Dieu, si ma religion était la bonne je serai sauvé et si c’est l’islam je serai aussi sauvé (ce qui est un piège car le musulman n’est jamais sûr d’être sauvé). Je lui ai répondu que j’étais d’accord à condition qu’il vienne d’abord prier avec moi à l’église. Il a bien sur catégoriquement refusé, et son plan est tombé à l’eau !

Y a t’il autre chose ?

Oui, lorsque j’avais seize ans, il est venu à moi en me présentant une jeune femme magnifique de mon âge. Vous vous doutez du troc ; cette femme était à moi si j’acceptais de boire l’eau qui avait servie à laver des mots magiques ; c’est un rite initiatique pour faire partie de leur congrégation. Je lui ai alors répondu « Comment ? tu veux que je me convertisse en aimant cette femme ? Mais, un vrai croyant se converti par amour pour Allah et du prophète, pas par amour des choses qu’il a crée !» il était furieux vous imaginez.

C’est étonnant cette force de caractère et cette lucidité pour un jeune homme qui n’avait pas encore pris de décision avec Jésus…

Il faut dire que dans la même période, tous les évènements nécessaires à mon brisement se sont enchainé et mis en place.

D’abord j’étais à bout de forces, Dieu semblait de plus en plus être la seule issue… j’ai quand même réussi à faire prévenir mes parents en cachette par mon cousin, qui sont venus voir mon tuteur. Ce dernier avait réponse à tout avec des discours très habiles et séduisants. Par exemple pour l’histoire des champs, il leur disait qu’il se souciait de mon développement, que je devais apprendre a tirer la subsistance de la terre et mûrir comme un homme… ce genre de discours, quoi… je n’ai jamais pu être seul avec mes parents.

Et puis mon cousin, Koma aujourd’hui directeur d’une école biblique, avait compris ce qu’il se passait en moi, et avait entrepris de m’interpeller à prendre clairement position. Il m’invita à faire un cours sur le baptême, et là à bout de force, ne pouvant plus lutter j’ai capitulé et accepté Jésus comme Seigneur et Sauveur et me suis fait baptiser en Janvier 1977.

Quelques semaines plus tard, mon frère mourut d’une maladie incurable, et les musulmans le jetèrent à l’aide d’un drap dans la cours de l’hôpital, puis, sont repartis ne voulant pas se souiller avec le corps d’un infidèle. Je me suis retrouvé seul avec ce corps, paniqué et profondément choqué.

Tous ces évènements bouleversants, je le réalise, m’ont poussé à chercher le secours et la présence de Dieu, ainsi qu’à approfondir ma relation avec celui qui était dorénavant mon Dieu.

Qu’est devenu El-Adji ton tuteur ?

Je suis encore resté deux ans chez lui. Après l’intervention de mes parents, je pouvais de nouveau visiter l’église, mais la plupart de ses brimades continuèrent. Sauf que cette fois-ci je savais ou puiser la force et j’étais soutenu par l’église. Je continuais donc mes études, et sur la fin, le 08 aout 1980, El-Adji décéda d’une mort aussi violente qu’étrange. Quelques temps auparavant, il avait fait arracher un Baobab à Bariénou un village du nord. Les habitants vouaient un culte idolâtre à cet arbre, El-Badji le fit donc arracher et y construisit une petite mosquée. Les sorciers du coin, furieux, lui auraient jeté un sort… toujours est-il que ce colosse commença à maigrir très rapidement jusqu’à ce que mort s’en suive, victime de sa propre magie.

Tu étais donc a présent libre de vivre ta foi sans adversité.

Combien de leçons faut ‘il à l’homme pour comprendre ? tant il est vrai que le péché nous englobe si facilement. Les études finies, je suis parti « tenter l’aventure en ville » comme on dit, et j’ai trouvé une place comme cogérant dans un bar qui appartenait… à un musulman ! de nouveau sous un joug étranger…. ! Là, j’ai eu très vite beaucoup de succès, à tel point que le propriétaire voulait monter un projet avec moi afin d’ouvrir un local pour une « clientèle exclusive » avec de grosses commissions à la clé. Bien entendu, l’alcool et la fête avaient peu à peu rongé mes fragiles principes de jeune chrétien que je prétendais être. Ma tolérance au péché n’avait plus de limite.

Mais heureusement Dieu a encore eu pitié de moi, il m’envoya un frère de l’église qui avait vue mon jeu, il m’avertissa solennellement et sût réveiller ma conscience. J’ai donc été voir « mon frère musulman » en lui disant que lui qui veut vivre sa religion pieusement ne peut pas vivre de la prostitution, et que moi chrétien je ne peux pas gérer cet argent.

Je suis donc parti, et j’ai cherché un autre travail avec les difficultés que vous imaginez. En définitive le 1ier janvier 93, j’ai trouvé une place comme cuisinier à la SIM, et le 15 Février de la même année je me mariais avec Elisabeth. Dieu nous donna 3 enfants

Dieu avait enfin réussi à briser ta résistance…

Du point de vue du péché, oui c’est vrai, mais Dieu n’avait pas fini son œuvre en moi. Dans l’église où j’allais, les anciens ont tout fait pour m’ouvrir les portes du service. Mais là encore j’ai farouchement résisté avançant les mêmes prétextes que Moise devant le buisson ardent.

Je réalise combien Dieu a utilisé des moyens énormes et en grand nombre, pour venir pas à pas, à bout de mes résistances. Les cours bibliques Emmaüs ont été uns de ces moyens. J’ai dû apprendre la persévérance entre autre…

C’est presque malgré moi que j’ai petit à petit, pris part à l’œuvre de Dieu dans son église : diverses tâches, puis les responsabilités, les messages, puis ancien dans l’église … toujours et encore ma résistance…

A 49 ans je réalise l’immense patience de Dieu à mon égard pour me rendre conforme à sa volonté, et il aura fallu bien des années pour cela.



ad