Cours en ligne: L'Epître aux Colossiens

Leçon: Nous ne cessons de prier Dieu pour vous (Colossiens 1. 1-14)

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Arrière-plan de l’épître

Colosses était une ville de la province de Phrygie, région qui fait partie de la Turquie actuelle. Si vous consultez une carte biblique, vous verrez que Colosses se trouvait à 21 kilomètres au sud-est d’Hiérapolis et à 16 kilomètres à l’est de Laodicée. Ces deux villes sont mentionnées au chapitre 4 verset 13. Située à 160 kilomètres à l’est d’Ephèse, Colosses était construite à l’entrée d’une gorge longue de 19 kilomètres, faisant partie de la chaîne de Cadmian, sur la route militaire allant de l’Euphrate vers l’ouest. Au temps de l’apôtre Paul, Colosses n’était plus la ville importante de jadis. Elle doit son nom peut-être moins à sa grandeur qu’à ses immenses rochers calcaires aux formes remarquables. Colosses était sur le Lycos (le loup), affluent du Méandre. C’est peu après son passage à Laodicée, que les eaux de la source d’eau chaude d’Hiérapolis se joignent aux eaux froides de Colosses, produisant ainsi à Laodicée un climat tempéré. Hiérapolis était à la fois une station thermale et un centre religieux, alors que Laodicée était la métropole de la vallée. Lors de la rédaction de cette épître, Colosses n’était plus qu’une bourgade. Il a été suggéré que l’église de Colosses était probablement la moins importante à laquelle Paul ait écrit. Laodicée et Hiérapolis occupent une place de choix dans les premières annales de l’église chrétienne, mais Colosses disparaît rapidement.

Nous ne savons comment la ville de Colosses fut évangélisée. Paul ne connaissait pas encore les croyants de cette cité lorsqu’il leur adressa sa lettre (2.1); Epaphras (1.7) est généralement considéré comme le premier à avoir apporté à Colosses la bonne nouvelle du salut; lui-même se serait converti à Ephèse par le ministère de Paul, qui y passa trois ans. Paul parcourut la province de Phrygie, qui faisait partie de l’Asie proconsulaire (Actes 16.6 et 18.23), mais sans aller jusqu’à Colosses (2.1).

En ce qui concerne la date et le lieu de rédaction de cette épître, les avis sont assez partagés. Plusieurs exégètes bibliques pensent que Paul a écrit cette lettre pendant sa captivité à Rome, en 61 et 62 après Jésus-Christ (Actes 28.16). Il est possible qu’il ait rencontré Epaphras alors qu’ils étaient tous deux prisonniers à Rome à cause de l’évangile. Mais cette lettre aurait pu être écrite à Césarée pendant l’emprisonnement de Paul dans cette ville (Actes 23.23-24; 24.27, ou encore à Ephèse. Mais, pour comprendre cette épitre, il n’est pas nécessaire de connaître les circonstances exactes dans lesquelles elle a été écrite.

Nous savons par cette lettre qu’une fausse doctrine connue sous le nom de gnosticisme menaçait l’église de Colosses. Les gnostiques se glorifiaient de leur savoir. Ils prétendaient posséder une connaissance supérieure à celle des apôtres. Ils prétendaient que personne ne pouvait être heureux à moins d’avoir été initié aux profonds mystères de leur secte.

Certains gnostiques niaient l’humanité du Christ. Ils enseignaient que le Christ était une influence divine qui émanait de Dieu et qui était descendue sur l’homme Jésus lors de son baptême. Ils enseignaient aussi que l’influence divine abandonna Jésus dans le jardin de Gethsémané juste avant sa crucifixion. Ainsi, selon eux, Jésus était mort, mais pas le Christ.

D’autres groupes de gnostiques enseignaient qu’il existait, entre Dieu et la matière, plusieurs classes d’êtres spirituels. Ils tentaient d’expliquer ainsi l’origine du mal. La spéculation gnostique se centrait avant tout sur l’origine de l’univers et l’existence du mal. Dieu est bon, et pourtant le mal existe.Donc, disaient-ils, le mal doit être inhérent à la matière. Mais il leur paraissait impensable que ce Dieu plein de bonté ait créé une matière mauvaise. C’est pourquoi ils avançaient l’hypothèse selon laquelle des émanations, des esprits, des anges s’interposaient entre Dieu et la matière. Leur conception était qu’un intermédiaire était sorti de Dieu, qu’il en avait engendré un autre, celui-ci un troisième et ainsi de suite jusqu’à ce qu’un de ces intermédiaires crée la matière mauvaise.

À leurs yeux, le corps était foncièrement pécheur, puisque participant de la matière mauvaise ; les gnostiques pratiquaient donc l’ascétisme, s’infligeant des mortifications et s’imposant toutes sortes de renoncements dans l’espoir d’atteindre un niveau supérieur de spiritualité.

Deux autres tendances erronées semblent s’être infiltrées dans l’église de Colosses : l’antinomisme et le judaïsme. L’antinomisme enseigne qu’une personne sous la grâce n’a pas besoin de se maîtriser et qu’elle peut s’adonner sans restriction à ses passions et à ses désirs charnels. Le judaïsme, de son côté, était devenu un système de cérémonies religieuses, en les observant, on espérait devenir juste devant Dieu.

Toutes les erreurs qui menaçaient l’église de Colosses se retrouvent parmi nous aujourd’hui. Le gnosticisme a réapparu dans la science chrétienne, la théosophie, l’enseignement des témoins de Jéhovah et d’autres systèmes. L’antinomisme est pratiqué par tous ceux qui affirment que, parce que le salut est offert par grâce, nous pouvons vivre à notre guise. À l’origine, le judaïsme était une révélation divine, dont les formes et cérémonies permettaient un enseignement spirituel, comme le montrent l’épître aux Hébreux et d’autres passages du N.T. Mais il était devenu un système dont l’observance même revêtait une valeur méritoire, et dont la signification spirituelle était généralement oubliée. Son équivalent se trouve dans les nombreux systèmes religieux d’aujourd’hui qui prétendent que l’homme peut obtenir des mérites et gagner la faveur de Dieu par ses œuvres, ignorant ou niant sa nature pécheresse et le besoin d’être sauvé par Dieu seul.

Dans cette épître, nous verrons comment Paul réfute d’une façon magistrale toutes ces erreurs en présentant la gloire de la personne du Seigneur Jésus-Christ et de son œuvre.

Mentionnons encore que cette épître ressemble en plusieurs points à la lettre de Paul aux Ephésiens, sans toutefois que l’apôtre se répète. Dans la lettre aux Ephésiens, Paul dépeint les croyants assis en Jésus-Christ dans les lieux célestes ; dans celle aux Colossiens, il les dépeint sur la terre et Jésus-Christ, leur chef glorifié, dans les cieux. L’épître aux Ephésiens met l’accent sur le fait que le croyant est en Jésus-Christ ; celle aux Colossiens présente le Christ dans le croyant, « l’espérance de la gloire » (Colossiens 1.27). Dans l’épître aux Ephésiens, l’accent est mis sur l’Église, le «corps de Christ», « la plénitude de celui qui remplit tout en tous » (Ephésiens 1.23). Elle souligne ainsi l’unité du corps de Jésus-Christ. Au chapitre 1 de la lettre aux Colossiens, l’autorité suprême du Christ est longuement exposée, ainsi que la nécessité de se soumettre au chef et de lui rester fortement attaché (Colossiens 2.18-19). Sur les cent cinquante-cinq versets de l’épître aux Ephésiens, cinquante-quatre trouvent des échos dans celle aux Colossiens.

Salutation (1.1-2)

À l’époque où le N.T. fut écrit, il était d’usage de commencer une lettre par le nom de l’auteur. Ainsi Paul se présente comme « l’apôtre de Jésus-Christ par la volonté de Dieu ». Un apôtre était un messager choisi et envoyé par Jésus-Christ. Pour confirmer le message qu’ils annonçaient, les apôtres avaient reçu le pouvoir de faire des miracles (2 Corinthiens 12.12). Nous lisons aussi que, dans certains cas, lorsque les apôtres imposaient les mains aux croyants, le Saint-Esprit descendait sur eux (Actes 8.15-20 ; 19.6). De nos jours, il n’y a pas d’apôtres au sens précis du terme. Le v. 20 du chapitre 2 des Ephésiens signifie pour certains que le rôle principal de ceux qui avaient reçu le don d’apôtre ou de prophète était de fonder l’Église, contrairement aux fonctions d’évangéliste, de pasteur ou de docteur (Ephésiens 4.11) qui existent encore aujourd’hui.

Paul attribue son apostolat à la volonté de Dieu (voir Actes 9.15 ; Galates 1.1). Cette fonction ne dépendait ni de son propre choix, ni d’une formation spéciale de la part des hommes. Ce ministère ne lui a pas non plus été conféré par ordre humain. Son apostolat n’avait pas une origine humaine, et il n’était pas accompli par des efforts humains. C’est avec la ferme conviction que Dieu lui-même l’avait appelé à être apôtre, que Paul a rempli son ministère.

Lorsque Paul écrivait cette lettre, Timothée était avec lui. Il est intéressant de noter l’absence complète de formalisme dans l’attitude de Paul envers Timothée, qu’il appelle tout simplement « frère ». Tous deux sont membres d’une même communauté ; la hiérarchie ecclésiastique, les titres pompeux et les vêtements spéciaux y sont inconnus.

1.2 La lettre est adressée « aux saints et aux fidèles frères en Christ qui sont à Colosses ». Ce sont là deux noms distinctifs donnés aux chrétiens dans le N.T. Ils sont « saints » parce qu’ils sont séparés du monde et mis à part pour Dieu ; ils sont appelés à vivre une vie sainte. Ce sont « des frères fidèles » parce qu’ils sont enfants d’un même Père par la foi en Jésus ; ce sont des frères à cause de leur foi commune. Ailleurs dans le N.T. les chrétiens sont également appelés disciples et croyants.

L’expression « en Christ » désigne leur position spirituelle. Lorsqu’ils ont été sauvés, Dieu les a placés en Jésus-Christ. Désormais ils possèdent sa vie et sa nature. Dieu les voit au travers des perfections de son fils. L’expression « en Jésus-Christ » implique un degré d’intimité, de communion et de sécurité supérieur à tout ce que l’intelligence humaine peut concevoir.

Les mots « qui sont à Colosses » se réfèrent à la position géographique. Nous n’aurions certainement jamais entendu parler de cette ville, si l’évangile n’y avait pas été prêché et si des personnes n’avaient pas été sauvées.

Ensuite Paul salue les saints par cette merveilleuse salutation : « Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père ». « Grâce et paix » : on ne pourrait trouver deux mots plus appropriés pour renfermer les bénédictions du christianisme. La salutation habituelle des Grecs était «grâce» et celle des Juifs «paix». C’est ainsi qu’ils se saluaient quand ils se rencontraient ou se quittaient. Paul réunit ces deux salutations et donne à leur signification une nouvelle envergure. La grâce, c’est Dieu qui se penche avec compassion et amour sur l’humanité perdue et pécheresse. La paix, c’est le fruit qui apparaît dans la vie de celui qui accepte le don gratuit de la grâce de Dieu. Le terme « grâce » peut être interprété de diverses manières, et être comparé à un chèque en blanc. La paix est partie intégrante de l’héritage du chrétien, et nous ne devrions pas permettre à Satan de nous la ravir. L’ordre de ces mots est important : premièrement la grâce, ensuite la paix. Si Dieu n’avait pas, le premier, montré son amour et sa miséricorde envers nous, nous serions encore dans nos péchés. Mais il a pris l’initiative et a envoyé son Fils mourir à notre place ; c’est ainsi que nous avons la paix avec Dieu, la paix avec les hommes, et que la paix de Dieu habite dans notre cœur. Ajoutons néanmoins qu’il est pratiquement impossible de définir de façon adéquate deux mots aussi merveilleux.

Actions de grâce (1.3-8)

1.3 Après avoir salué les croyants, l’apôtre fait une chose qui lui est caractéristique : il se met à louer Dieu et à prier. Paul semble toujours commencer ses prières par des louanges, certainement un exemple à suivre. Il s’adresse à « Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ ». La prière est le privilège inestimable d’avoir accès auprès du Souverain de l’univers. Une question peut se poser : « Comment un simple homme ose-t-il se tenir en présence du Dieu omnipotent ? » Notre texte nous en donne la réponse. Le Dieu de l’univers, plein de gloire et de majesté, est le Père de notre Seigneur Jésus-Christ. Celui qui est infiniment grand est devenu intimement proche. Parce que nous croyons en Jésus-Christ et que sa vie est en nous, Dieu est aussi notre Père (Jean 20.17). Nous pouvons nous approcher de lui par le Christ. « Nous ne cessons de prier pour vous  ». Hors de son contexte, cette phrase passerait inaperçue, mais elle prend une nouvelle signification quand nous nous souvenons que Paul s’adresse ici à des personnes qu’il n’a jamais vues. Nous qui avons tant de peine à présenter régulièrement devant le trône de la grâce les membres de notre famille et nos amis, que dirions-nous de tous les noms qui devaient figurer sur la liste de prière de Paul ? Il priait non seulement pour les chrétiens qu’il connaissait, mais encore pour ceux, très éloignés de lui, dont les noms lui avaient été mentionnés par d’autres personnes. L’intensité de la vie de prière de Paul nous aide à mieux le comprendre.

1.4 Qu’a-t-il entendu dire au sujet de ces Colossiens ? Il a entendu parler de leur foi en Jésus-Christ et de leur amour pour tous les croyants. Notez qu’il mentionne en premier lieu leur foi en Jésus-Christ. C’est là le point de départ essentiel. De nos jours, bien des gens religieux font constamment mention de leur amour pour les autres. Mais dans la conversation, vous découvrez qu’ils ne croient pas au Seigneur Jésus. Un tel amour est insuffisant aux yeux de Dieu. D’autres prétendent croire au Christ, mais dans leur vie on cherche en vain une trace d’amour divin. En ce qui concerne ces derniers, Paul met en doute la sincérité de leur foi. Si la foi en Jésus-Christ est vraie, elle doit se manifester par une vie pleine d’amour pour Dieu et pour le prochain.

Pour Paul, la foi, c’est être en Jésus-Christ. Ceci est très important. Dans la Bible, le Seigneur Jésus est présenté comme la seule personne digne de notre foi. On peut avoir une confiance illimitée dans une personne, mais cette confiance ne se justifie que si la personne en est digne. Si cet individu est un vaurien, notre confiance ne sert pas à grand-chose. Il en est de même dans la vie spirituelle. La foi en elle-même ne suffit pas. Elle doit être centrée sur le Seigneur Jésus. Il n’abandonne jamais les siens, et celui qui se confie en lui ne sera jamais déçu.

Les Colossiens n’étaient certainement pas des disciples en secret, car Paul avait entendu parler de leur foi et de leur amour. Le N.T. n’encourage pas les chrétiens à cacher leur foi. L’enseignement de la Parole de Dieu est clair : si quelqu’un a reçu le Sauveur, alors, inévitablement, il « confessera de sa bouche le Seigneur Jésus » (Romains 10.9).

Remarquez que l’amour des Colossiens s’étendait à « tous » les croyants. Cet amour n’avait rien d’étroit ou de sectaire. Ils n’aimaient pas seulement les membres de leur communauté ; leur amour se manifestait libéralement et chaleureusement envers tous les vrais croyants. Ceci devrait être une leçon pour nous : notre amour ne doit être ni « étroit », ni limité aux membres de notre communauté locale et à nos missionnaires. Nous devrions reconnaître les brebis du Christ où qu’elles se trouvent et leur témoigner notre affection chaque fois que cela est possible.

1.5 La relation entre ce verset et les précédents n’est pas évidente. Se rapporte-t-il au v. 3 : « Nous rendons grâces à Dieu… à cause de l’espérance qui vous est réservée dans les cieux » ? Ou se rattache-t-il à la fin du v.  4  : « La charité que vous avez pour tous les saints, à cause de l’espérance qui vous est réservée dans les cieux » ? Les deux interprétations sont possibles. D’une part, l’apôtre peut rendre grâces non seulement pour leur foi et leur amour, mais encore pour l’héritage futur qui, un jour, sera le leur. D’autre part, il est vrai aussi que la foi au Christ et l’amour pour le prochain sont pratiqués en vue de l’avenir. Quoi qu’il en soit, il est évident que Paul énumère ici les trois vertus cardinales de la vie chrétienne : la foi, l’amour et l’espérance. Celles-ci sont aussi mentionnées dans 1 Corinthiens 13.13 et 1 Thessaloniciens 1.3 et 5.8. La foi repose sur le passé; l’amour est actif dans le présent ; l’espérance regarde vers l’avenir.

Dans ce verset, le mot « espérance » ne signifie pas être dans l’attente de quelque chose, mais désigne plutôt la chose espérée, c’est-à-dire la réalisation de notre salut lorsque nous irons au ciel et entrerons en possession de notre héritage éternel. Les Colossiens connaissaient déjà cette espérance, peut-être Epaphras leur en avait-il parlé lorsqu’il leur annonça l’évangile. Ils avaient entendu « la parole de la vérité, la parole de l’évangile  ». L’évangile est comparé ici à un message de bonnes nouvelles. En écrivant cela, Paul pensait peut-être à l’enseignement erroné des gnostiques. La vérité, c’est ce que Dieu dit d’une chose (Jean 17.17). L’évangile est vrai parce qu’il est la parole de Dieu.

1.6 L’évangile s’est répandu à Colosses comme partout ailleurs dans le monde connu de l’époque. Ceci n’est pas à prendre littéralement et ne signifie pas que chaque homme et chaque femme à l’époque aient eu connaissance de l’évangile. Deux interprétations sont possibles : que cette nouvelle du Salut a été entendue par des représentants de toutes les nations (Actes 2.5), ou que l’évangile s’adresse à tous et est prêché à tous sans exception. Paul décrit aussi les effets inévitables de l’évangile. À Colosses, comme partout où il est prêché; l’évangile porte du fruit et se répand. Ceci nous montre son caractère surnaturel. En général, dans la nature, un arbre ne porte pas de fruit pendant sa croissance. Il a besoin d’être taillé et retaillé avant de porter du fruit ; s’il pousse à l’état sauvage, toute la sève risque d’être absorbée par les feuilles et les branches au détriment du fruit. Mais l’évangile allie le fruit à la croissance, car des personnes sont sauvées, les croyants édifiés, et simultanément la bonne nouvelle se répand de ville en ville, de nation en nation.

C’est exactement ce qui s’est produit dans la vie des Colossiens depuis le jour où ils ont entendu l’évangile et expérimenté la grâce de Dieu. Le nombre des croyants de l’église de Colosses a augmenté et la vie spirituelle des fidèles s’est approfondie.

Bien que le v. 6 ne fasse pas allusion à l’extension géographique de l’évangile à cette époque, il est évident qu’au premier siècle déjà, l’évangile s’était largement répandu et avait pénétré en Europe, en Asie, en Afrique, plus loin que bien des personnes ne l’ont supposé. Cependant, rien ne permet d’en déduire qu’il ait atteint la terre entière. L’expression «la grâce de Dieu» décrit ici le message de l’évangile. La bonne nouvelle pouvait-elle être mieux définie que par cette vérité merveilleuse : la grâce de Dieu accordée à des hommes coupables ?

1.7 Ici l’apôtre le déclare clairement : c’est par Epaphras que les Colossiens ont entendu le message de l’évangile et en ont fait l’expérience dans leur vie. Paul fait l’éloge d’Epaphras, l’appelant un collaborateur bien-aimé, un fidèle serviteur du Christ. Aucune trace d’amertume ou de jalousie chez Paul. Il n’est pas irrité de voir un autre prédicateur recevoir des louanges. Il était toujours prêt à exprimer son appréciation pour le travail accompli par d’autres serviteurs du Seigneur.

1.8 C’est par Epaphras que Paul a été informé de l’amour des Colossiens. Cet amour n’était pas une simple affection humaine, mais un amour véritable et sincère pour le Seigneur et son peuple, inspiré par le Saint-Esprit qui était en eux. Soit dit en passant, ce verset contient la seule allusion au Saint-Esprit dans cette épître.

Prière (1. 9-14)

1.9 Ayant terminé ses actions de grâces, Paul intercède maintenant en faveur des croyants. Nous avons déjà mentionné les nombreux sujets d’intercession de l’apôtre. Signalons encore que ses requêtes tenaient toujours compte de la situation et des circonstances particulières des croyants pour lesquels il priait. Il ne s’exprime pas en généralités, mais prie avec précision. Ici il demande quatre choses pour les Colossiens : (1) le discernement spirituel ; (2) une marche digne du Seigneur ; (3) une puissance abondante ; (4) un esprit reconnaissant.

Il n’y a rien d’étroit ou de mesquin dans ces sujets de prière : cela ressort en particulier aux v. 9, 10 et 11, où les mots «tout», «entièrement», «toujours» sont employés : (1) toute sagesse et intelligence spirituelle (v.  9)  ; (2) lui être entièrement agréables (v. 10) ; (3) toutes sortes de bonnes œuvres (v. 10) ; fortifiés à tous égards (v. 11) ; (5) que vous soyez toujours persévérants et patients (v. 11).

Revenons au v. 9. Les mots « c’est pour cela » se rapportent aux versets précédents, autrement dit « à cause du rapport d’Epaphras » (v. 4-5 et 8). Dès le jour où il a entendu parler des croyants de Colosses, de leur foi, de leur amour, et de leur espérance, l’apôtre n’a cessé de prier pour eux. Tout d’abord, il prie pour qu’ils soient remplis de la connaissance de la volonté de Dieu en toute sagesse et intelligence spirituelle. Son désir n’est pas de voir les Colossiens satisfaits par la prétendue connaissance des gnostiques, mais qu’ils parviennent à la connaissance parfaite de la volonté de Dieu pour leur vie, révélée dans la parole de Dieu. Cette connaissance ne vient pas du monde, c’est une sagesse et une compréhension spirituelles : sagesse pour traduire la connaissance en pratique, et compréhension pour discerner ce qui est compatible ou non avec la volonté de Dieu.

1.10 Ce verset est étroitement lié au précédent. Pourquoi l’apôtre Paul désire-t-il voir les Colossiens remplis de la connaissance de la volonté de Dieu ? Est-ce pour qu’ils deviennent des prédicateurs puissants? Est-ce pour qu’ils rallient à eux un grand nombre de disciples comme les gnostiques cherchaient à le faire ? Non, le but de la sagesse et de la connaissance spirituelles est de rendre les chrétiens capables de marcher d’une manière digne du Seigneur et de lui être entièrement agréables. Nous avons ici une leçon importante. Dieu révèle sa volonté pour notre vie non pas pour satisfaire notre curiosité, ni pour nourrir nos ambitions ou notre orgueil. Il nous la révèle afin que nous lui soyons agréables en tout ce que nous faisons.

« Portant des fruits en toutes sortes de bonnes œuvres ». Il ne nous est pas possible d’être sauvés par nos bonnes œuvres, mais nous sommes certainement sauvés pour de bonnes œuvres. Parfois le fait d’insister sur l’impuissance totale des œuvres à accorder le Salut, peut créer l’impression que les chrétiens rejettent la valeur des bonnes œuvres. Rien n’est plus éloigné de la vérité. Dans Ephésiens 2.10, nous lisons que « nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes oeuvres ». De même Paul écrit à Tite :
« Cette parole est certaine, et je veux que tu affirmes ces choses, afin que ceux qui ont cru en Dieu s’appliquent à pratiquer de bonnes oeuvres » (Tite 3. 8).

Paul désire voir les Colossiens non seulement porter du fruit en toutes sortes de bonnes oeuvres, mais encore croître dans la connaissance de Dieu. Comment cela est-il possible ? D’abord, par une étude assidue de la Parole de Dieu, puis en obéissant à son enseignement et en servant Dieu fidèlement. (Ce dernier point semble être ici la pensée dominante). Par la pratique de ces choses, nous approfondissons notre connaissance de Dieu.

Dans ce premier chapitre, il est intéressant de voir l’emploi répété de mots ayant trait à la connaissance et de remarquer la progression d’idées dans la pensée de Paul. v. 6 : « vous avez connu la grâce de Dieu ». v. 9 : «  la connaissance de sa volonté ». v. 10 : « croissant par la connaissance de Dieu ».

La première citation peut se rapporter au Salut, la seconde à l’étude des Écritures, la troisième au service et à la vie chrétienne. Une saine doctrine engendrera un comportement juste qui, à son tour, se traduira par un service fidèle.

1.11 La troisième requête de l’apôtre est que les croyants soient fortifiés à tous égards par la puissance glorieuse de Dieu. Remarquez la progression: remplis (v. 9) ; portant des fruits (v. 10) ; fortifiés (v. 11). La vie chrétienne ne peut être vécue par nos forces propres. Elle nécessite une énergie surnaturelle. C’est pourquoi Paul désire que les croyants connaissent la puissance du Fils de Dieu ressuscité, et cela «par sa puissance glorieuse». Comme plusieurs l’ont souligné, sa requête n’est pas que ce pouvoir provienne de sa puissance glorieuse, mais qu’il s’exerce par elle. La puissance de sa gloire est illimitée, et c’est là l’étendue de cette prière. Le revêtement de puissance est déterminé non seulement par les besoins de l’individu, mais par les ressources infinies de Dieu.

Posons-nous ensuite la question : Pourquoi Paul désire-t-il que les chrétiens possèdent ce pouvoir ? Est-ce pour qu’ils accomplissent des miracles spectaculaires ? Pour qu’ils ressuscitent les morts, guérissent les malades, chassent les démons ? Non ! Ce pouvoir permet plutôt aux enfants de Dieu d’être « toujours et avec joie persévérants et patients ». Réfléchissons sérieusement sur ce point. Aujourd’hui, dans certains milieux chrétiens, une grande importance est accordée à des manifestations spectaculaires, telles que le parler en langues et la guérison des malades. Mais de tout temps, Dieu a accordé à ses enfants une grâce encore plus grande : celle de souffrir patiemment et de louer Dieu au milieu de leurs épreuves.

Dans 1 Corinthiens 13.4, la patience est liée à la charité ; ici, elle est liée à la joie. La création toute entière gémit et soupire et nous faisons de même. Nous ne pouvons y échapper. Seule la puissance de Dieu nous permet de garder une joie intérieure et de maintenir une attitude bienveillante envers les autres; c’est la victoire chrétienne.

Quelle différence existe-t-il entre patience et longanimité ? La patience est la capacité de souffrir sans se plaindre, alors que la longanimité consiste à souffrir sans chercher à se venger. Lorsqu’un croyant peut souffrir patiemment et louer Dieu au milieu de l’épreuve, un des plus grands objectifs de la grâce de Dieu a été atteint dans sa vie.

1.12 Paul prie pour que les Colossiens soient non seulement fortifiés par la puissance de Dieu, mais encore reconnaissants, et qu’ils n’oublient jamais d’exprimer leurs remerciements au Père qui les a rendus « capables d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière ». En tant que descendants d’Adam, notre nature humaine de pécheur ne nous permettait pas de jouir de la gloire céleste. Même si un homme non-régénéré pouvait entrer au ciel, il s’y sentirait profondément malheureux. C’est par Jésus-Christ seul que le croyant reçoit non seulement la prérogative d’entrer au ciel, mais aussi la faculté d’apprécier les gloires célestes.

Lorsque Dieu sauve quelqu’un, il le revêt aussitôt de la nature céleste. Comme nous l’avons déjà dit, cette aptitude pour le ciel vient de Jésus-Christ. Même après toute une vie d’obéissance et de service ici-bas, notre aptitude à aller au ciel n’est pas supérieure à ce qu’elle était le jour de notre conversion. Notre droit d’entrée ne nous est accordé que par les vertus du sang du Christ. Alors que l’héritage est au ciel, sur la terre nous possédons le Saint-Esprit qui est le gage de cet héritage (Ephésiens 1.13-14, 18). C’est pourquoi nous nous réjouissons de cette perspective, tout en jouissant dès maintenant des
« prémices de l’Esprit » (Romains 8.23).

1.13 En nous rendant « capables d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière », Dieu « nous a délivrés de la puissance des ténèbres et nous a transportés dans le royaume de son fils bien-aimé ». Cela signifie que nous avons été arrachés à l’empire de Satan et transférés dans le royaume de Jésus-Christ. Ce fait peut être illustré par l’expérience des enfants d’Israël en Égypte. Dans le livre de l’Exode, nous lisons qu’ils gémissaient alors sous les coups de leurs oppresseurs. Par une merveilleuse intervention divine, Dieu les a délivrés de ce terrible esclavage et les a conduits au travers du désert jusqu’à la terre promise. Pécheurs, nous étions esclaves de Satan et du péché, mais nous avons été délivrés de son emprise par Jésus-Christ dont nous sommes devenus les sujets. Nous sommes passés des ténèbres à la lumière, toutes choses sont devenues nouvelles.

Dans l’Écriture, le royaume du Christ est présenté sous plusieurs aspects. Lors de sa première venue, Jésus offrit à la nation d’Israël un royaume au sens propre du mot. Les Juifs désiraient être délivrés des oppresseurs romains, mais ils ne voulaient pas se repentir de leurs péchés. Le Christ ne peut régner que sur des êtres spirituellement unis à lui. Mais ils le rejetèrent, lui, leur roi, et le crucifièrent. Depuis, le Seigneur Jésus est retourné au ciel et son royaume n’a pas de forme visible (Matthieu 13.24, 31, 33, 44-52). Le roi est absent mais tous ceux qui acceptent le Seigneur Jésus-Christ et reconnaissent en lui leur souverain légitime, sont les sujets de son royaume. Un jour, Jésus reviendra sur la terre; il établira son royaume, avec Jérusalem pour capitale, et régnera pendant mille ans. À la fin de cette période, Jésus mettra ses ennemis sous ses pieds et remettra le royaume à Dieu, son Père. Alors commencera le règne de Dieu qui durera toute l’éternité.

1.14 Le passage qui va suivre est un des plus magnifiques de la Bible sur la personne et l’œuvre du Seigneur Jésus. Il est difficile de dire si Paul termine ici sa prière ou non, mais peu importe. Même si les versets suivants ne sont pas une prière, ils expriment certainement l’adoration.

Il est intéressant de noter que dans ce splendide passage qui, plus qu’aucun autre de la Bible, exalte le Seigneur Jésus-Christ, son nom n’est pas mentionné une seule fois. Si en un sens cela est remarquable, il n’y a cependant pas lieu de s’en étonner. Qui, sinon notre bien-aimé Sauveur, pouvait répondre à la description donnée ici ? Ce passage nous rappelle la question posée par Marie au jardinier : « Seigneur, si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis et je le prendrai » (Jean 20.15). Elle non plus ne le nomme pas ; pour elle, il ne pouvait s’agir que d’une seule personne.

Jésus-Christ est présenté tout d’abord comme celui « en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés ». La rédemption est l’acte par lequel nous sommes rachetés de notre condition d’esclaves du péché. Et quel prix le Seigneur Jésus a-t-il été prêt à payer pour nous ? Nous sommes si précieux à ses yeux, qu’il a accepté de donner sa vie pour nous racheter. Libérés à un tel prix, nous ne pouvons manquer de réaliser que nous ne nous appartenons plus. Si nous décidons de vivre à notre guise, nous nous approprions quelque chose qui ne nous appartient pas, et par conséquent nous sommes des voleurs.

Le Seigneur Jésus ne nous a pas seulement rachetés, il nous a aussi accordé la « rémission des péchés ». Cela signifie que Dieu a annulé la dette contractée par nos péchés. Jésus-Christ en a payé le prix à la croix du Calvaire. Le compte a été réglé et fermé. Dieu ne nous a pas seulement pardonné, mais il a éloigné de nous nos transgressions autant que l’orient est éloigné de l’occident (Psaume 103.12).